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Faire le deuil de son animal

Dans de nombreuses sociétés ou le noyau familial traditionnel a éclaté, les animaux familiers tiennent de plus en plus souvent la place d'une famille élargie.

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L'importance de l'animal de compagnie

La présence d'un animal familier est aussi bénéfique pour les adultes que pour les enfants. De plus en plus nombreuses sont les études qui tendent à prouver que la présence d'un animal dans une famille, est un facteur "équilibrant". Les familles possédant un animal avaient moins de "problèmes relationnels", en particulier, que celles qui n'en avaient pas. Sans aller jusqu'à prétendre que l'animal de compagnie est le remède à tous les maux, de nombreuses observations nous prouvent que son rôle est très bénéfique.

Pour un enfant, l'animal est source d'éducation. L'enfant comprend immédiatement la conséquence de ses actes, qu'il essaie d'attraper le chat de manière brusque, et immédiatement le chat va fuir, éventuellement le griffer, la sanction est immédiate, il réalise la conséquence de son attitude, et la modifiera en fonction de son but à atteindre. L'enfant connaît de cette manière l'impact de ses actes. Le chien sera souvent le "déambulateur " du tout petit qui fait ses premiers pas, son confident, son "frère" pour les enfants uniques. L'animal est également un vecteur important dans les relations, (quiconque a déjà promené un chien dans la rue s'en est aperçu, c'est un moyen infaillible d'entrer en contact avec l'autre). Plus tard quand l'enfant grandit, que des conflits se créent avec ses parents, l'animal familier reste un compagnon indulgent toujours prêt à recueillir ses confidences, un ami fidèle au poste, source d'amour et d'affection.

Lors du passage à l'adolescence, les enfants doivent "faire le deuil de leur enfance", afin de devenir des adultes. Ils commencent à chercher une insertion dans la société, de l'amour et de l'amitié dans le monde extérieur, pour se démarquer de leurs parents. En même temps, ils explorent leur sensualité, ils ont d'énormes besoins de tendresse et d'amour. L'animal a son rôle à jouer, "éponge affective", ils peuvent le câliner sans risquer de paraître ridicule ou infantile aux yeux des autres . De plus l'animal représente un terrain d'entente où enfants et adultes sont à égalités, il est neutre et ne prend pas parti, il est l'intermédiaire, le médiateur idéal.

Pour les personnes seules et plus particulièrement les personnes âgées, l'importance que peut revêtir la présence d'un animal familier, n'est plus à prouver.

Après ces quelques considérations générales, on comprend mieux l'importance que peut prendre le deuil d'un animal familier.

La mort de l'animal de compagnie

Dans notre société occidentale où il y a de moins en moins de place pour la mort, celle-ci est de plus en plus absente, occultée, n'ayant pas de place dans une culture basée essentiellement sur le paraître, où il faut avant tout être jeune, mince et en bonne santé, où tout va tellement vite. Pour le citadin, en général, a moins qu'il ne vive dans un milieu social très pauvre, ou très violent dans un pays en guerre, ou en proie aux épidémies, la mort d'un animal aimé est très souvent sa première expérience de deuil. Sa première experience de la "souffrance d'un proche", de la maladie, puis de la mort, la vue d'un cadavre.

Beaucoup de comportementalistes considèrent que nous avons des liens presque biologiques avec notre animal. Celui-ci est considéré comme un ami ou un membre de la famille. Affronter la rupture d'une relation importante, c'est une page de sa vie qui se tourne, et, si c'est la première fois, c'est un grand pas vers la maturité.

Assez fréquemment, cette première expérience vécue à l'âge adulte, est très mal vécue, car il n'y a pas eu de "préparation" à cet événement, somme toute aussi naturel que la vie. Devant le deuil de leur animal familier, tous les maîtres sont égaux, et cette souffrance fait partie de la fin de la vie que nous avons partagé avec ce compagnon. 

Les phases du deuil

Bien que chacun réagisse différemment, le processus de "deuil" présente certaines constantes. Habituellement ont distingues cinq phases. Chacun passera par certaines de ces phases, dans l'ordre ou dans le désordre, ces phases peuvent d'ailleurs se chevaucher, et les régressions sont fréquentes. Dans des deuils "pathologiques," on observe des personnes bloquées dans une même phase pendant des mois ou des années, voire indéfiniment.

1. Abattement et refus

Cette première phase se caractérise par le choc, la dénégation, l'incrédulité. On ne veut, ou peut pas accepter cette réalité. On entend souvent des phrases du type "c'est impossible", "je n'y crois pas", " non pas lui". Dans cette première phase, le propriétaire de l'animal a l'air abasourdi.

2. La colère

Lorsque le choc et l'incrédulité s'estompent, on ressent parfois de la colère. Cette colère peut se tourner contre le vétérinaire, ou contre soi même, et l'on se culpabilise. Conscients de notre responsabilité, nous pouvons nous torturer en évoquant des négligences imaginaires. Si l'animal est tué lors d'un accident, cette culpabilité peut être particulièrement intense.

3. Le marchandage

Lors de la mort imminente de l'animal, les propriétaires peuvent tenter de "marchander avec Dieu" en promettant telle ou telle chose si l'animal est sauvé. Par exemple:" Si il s'en sort, je promets d'arrêter de fumer".

4. Chagrin et dépression

A ce moment-là, le propriétaire éprouve un violent chagrin de la mort de son animal. La durée et l'intensité de cette affliction dépend de l'étroitesse des liens entre lui et son animal, de leur durée et des autres pertes, réelles ou symboliques, ("c'était tout ce qui me restait de ma femme"), que ce dernier aura éprouvées dans sa vie. Cela dépend également de son entourage affectif, et de sa capacité à comprendre ce que représentait cet animal pour lui.

5. Acceptation

Avec le temps, certains maîtres, dont le "deuil" évolue normalement, commenceront à moins ressentir la colère, la culpabilité et la peine intense que leur cause la mort de leur animal. Ils peuvent voir des objets qui lui appartenaient ou des animaux qui lui ressemblent sans trop en souffrir. Ils "ont faits leur deuil", c'est un signe certain qu'ils ont accepté la réalité. Dès lors, ils ont la capacité d'aimer un autre animal, différent de celui qu'ils ont perdu, et qui aura une personnalité et des caractéristiques bien à lui.

"Deuil" normal et anormal

Il est tout à fait normal que dans ces circonstances vous ayez l'impression d'être physiquement malade pendant un certain temps. Cela peut se manifester par un manque d'énergie, du pessimisme, des troubles du sommeil et de l'appétit, et un désintérêt pour la vie quotidienne.Confusion et même hallucination nous font voir notre disparu. Il arrive aussi qu'on croit l'entendre respirer, aboyer derrière la porte, ou sentir sa queue nous frôler la jambe.

Dans la plupart des cas, ces sentiments douloureux s'estompent et disparaissent en quelques jours, voire quelques semaines. Nous ressentons toujours de la tristesse, mais le violent chagrin s'estompe. Nous pouvons reprendre la cours de notre vie. Toutefois, il arrive que l'état dépressif persiste et nous affecte pendant plusieurs semaines. Dès ce moment, nous devons trouver une solution en nous faisant aider par une assistance médicale. Un deuil qui n'évolue pas peut durer des mois, des années et même indéfiniment..."C'est un deuil pathologique".

L'enfant et le deuil de l'animal favori

Facteurs qui influencent les réactions d'un enfant à la mort d'un animal favori :

  • Ce que l'animal signifie pour l'enfant.
  • Le niveau de conscience de l'enfant vis-à-vis de la mort.(maturité intellectuelle).
  • Caractère prévisible (vieillesse, maladie) ou subit (accident) de la mort de l'animal.
  • Comment la mort est expliquée, et vécue par l'environnement, et si l'enfant reçoit le soutien moral dont il a besoin.

Plus particulièrement pour l'enfant, les animaux de compagnie représentent beaucoup de choses, des liens affectifs très importants. Lorsque ces liens entre l'enfant et l'animal sont rompus, l'enfant peut en être profondément bouleversé. Si l'on veut pouvoir aider l'enfant à surmonter la perte d'un animal favori, il faut d'une part bien comprendre ce qu'il représentait pour l'enfant, et d'autre part savoir à quel niveau la mort est perçue par l'enfant. La perception de la mort est façonnée par le développement affectif et la personnalité de l'enfant et par son vécu. Les différents niveaux de perception de la mort correspondent souvent à l'âge chronologique. Il faut les connaître pour pouvoir communiquer directement avec l'enfant ou conseiller utilement les parents.

Les différents âges de la perception de la mort

Jusqu'à cinq ans, les enfants ne voient pas la mort comme un état permanent mais comme quelque chose de provisoire, un peu comme le sommeil. Un enfant de cet âge s'attend toujours au retour du disparu, surtout si il l'appréciait. Ils voient aussi la mort comme quelque chose d'accidentel que l'on peut éviter en faisant bien attention, et non comme quelque chose d'inéluctable. Ils se rendent compte que la mort est une situation anormale et grave, sans bien réaliser ce que c'est. Si l'animal leur manque, c'est surtout comme compagnon de jeu. Mais un enfant dont les besoins physiques et affectifs sont satisfaits, est peu troublé par la mort de l'animal. Si par contre c'est l'animal qui répondait à ses besoins affectifs, le deuil sera plus profond. L'enfant comprenant mal la mort, si ses parents ne lui fournissent pas soutien moral solide, il risque de ne pas intégrer "sainement" cette crise de l'existence.

Les enfants de cinq à neuf ans savent que la mort est définitive. C'est un grand pas vers la maturité. C'est aussi l'âge ou ils identifient la mort. A cet âge, les enfants pensent encore qu'on peut éviter la mort si on fait attention, ou qu'on a de la chance.

Vers l'âge de neuf ans, la plupart des enfants se rendent compte que la mort est définitive, inévitable, et universelle. Ils ont acquis la conception adulte de la mort. L'enfant réalise que tout être vivant est mortel, y compris les êtres chers et soi-même. Cette prise de conscience s'accompagne souvent d'un éveil de l'intérêt pour l'au-delà.

Mort prévisible ou inattendue

Si l'on sait qu'un animal va mourir, il est préférable d'en discuter ouvertement dans la famille. Les enfants même si ils ne comprennent pas tout prennent conscience que quelque chose de grave va arriver.. Les enfants trop jeunes pour comprendre la véritable signification du trépas seront encore plus troublés si la mort imminente de l'animal est environnée de chuchotements.

Si l'animal va succomber à une maladie chronique, il est inportant de bien souligner la différence entre une maladie grave, et une maladie bénigne. En effet, dans le cas contraire, l'enfant risque de développer une phobie de la maladie dès quelle touche un proche, ou lui même. Toutes les maladies ne sont pas graves, et mortelles, la plupart des maladies se soignent, lui expliquer, le rassurera beaucoup.

Si il faut envisager une euthanasie, c'est à dire "décider et planifier la mort de l'animal", si les enfants sont assez grands pour participer à la prise de décision, il faut les inclure dans toutes les discussions. C'est particulièrement vrai avec les adolescents, qui ont souvent l'impression qu'ils ne contrôlent pas leur vie, et qui pourraient se sentir exclus de cette prise de décision si importante.

A moins que l'enfant vive des circonstances exceptionnelles, environnement violent, guerres, épidémies, la mort d'un animal aimé peut être sa première expérience du deuil. Affronter la rupture d'une relation importante est une page de sa vie qui marque un grand tournant dans sa maturité.

En général les enfants de moins de six ans ont tendance à mal comprendre le concept de mort, quand un animal meurt, il est préférable de leur fournir un soutien affectif plutôt que de longues explications, qui pourraient les perturber et rendre leurs idées confuses. Pour les plus âgés, on peut leurs parler plu en détails de la mort de l'animal pour les aider à l'intégrer.

Il faut toujours expliquer avec un langage simple et direct pourquoi et comment l'animal est mort. Le rôle des parents est d'accompagner l'enfant dans son deuil, qu'il s'agisse de la perte d'un animal ou d'une personne. Attention de ne pas donner des explications traumatisantes en voulant préserver l'enfant. Un enfant peut se sentir rejeté et abandonné si on lui dit que son chat est allé vivre dans une autre famille , qu'il s'est enfui, au lieu de lui avouer qu'il est mort.

"Dieu l'a emporté au ciel, car il voulait un gentil chien comme lui", risque de déclencher un sentiment de rage et de révolte parce que l'enfant va croire qu'en étant sage et gentil, il s'expose à être arraché à sa famille. Il faut être compréhensif et leur expliquer avec patience que dans la vie, il y a des choses qu'on ne peut pas changer, même nous les adultes. Il faut dire aux enfants que le chagrin est normal, et nécessaire à l'apaisement. Il faut encourager les enfants à partager leurs sentiments, même si ceux-ci peuvent sembler irrationnels. Il ne faut jamais dire aux enfants qu'ils sont trop grands pour pleurer, et leurs sentiments ne doivent jamais être repoussés.

Les parents doivent se préparer d'avance à répondre inlassablement aux mêmes questions. C'est ainsi que les enfants s'efforcent d'intégrer le deuil.

Les enfants qui veulent assister à l'euthanasie et qui sont assez grands pour comprendre ce qui se passe et ne pas la perturber, doivent être autorisés à le faire. Un enfant qui est trop jeune pour assister à l'euthanasie ou qui ne le désire pas doit avoir la permission de voir le corps de l'animal. Cela lui permet de dire un dernier adieu, prévient les fantasmes sur l'aspect réel de l'animal après sa mort et montre à l'enfant que la mort peut revêtir un aspect paisible et consolant. En règle générale, il est préférable d'attendre un peu avant d'acquérir un autre animal pour l'enfant, sauf si celui-ci est inconsolable et le demande sans relâche.

Un remplacement trop hâtif peut inhiber le processus normal d'acceptation du deuil, et inciter l'enfant à croire qu'il trahit le compagnon perdu et à rejeter le nouvel animal. Il peut aussi s'imaginer que nul n'est irremplaçable, même lui, ce qui est très angoissant. 

Il n'y a pas de règle fixe sur le délai qui peut s'écouler avant l'acquisition d'un nouvel animal. Il faut observer les points suivants avant de se décider.

  • A-t-on consacré assez de temps aux échanges de sentiments?
  • L'enfant est-il capable de parler de l'animal mort sans trop de chagrin?
  • L'enfant peut-il parler de prendre un autre animal sans avoir l'impression de trahir le prédécesseur? Exemple: le souvenir de Minette, n'empêche pas Anne d'aimer ses autres compagnons à quatre pattes, elle l'a découvert après la mort de sa chatte.
  • L'enfant peut-il envisager l'acquisition d'un animal d'une autre espèce ou d'une autre couleur; ou si l'animal est exactement comme le précédent, lui donnera-t-il un autre nom?

Outre les discussions mentionnées ci-dessus, vous pouvez suggérer diverses activités familiales qui aideront la famille à intérioriser sainement le deuil.

"L'enterrement de l'animal est très bénéfique, ce rituel est très important, il symbolise le deuil, aide à réaliser que l'animal est vraiment mort, cela le "désincarne". Les enfants le disent souvent: "La mort d'un animal, c'est toujours sérieux, même ces souris, ces oiseaux morts que nous, les enfants, adorons enterrer. On fait la tombe, la croix dessus ou la pierre. C'est marrant et triste à la fois". Cela prouve bien qu'ils ne sont pas dupes, et ils se rendent compte que ça les aide.

Guillaume qui n'avait pas voulu participer à l'enterrement de "Max" le chat de la famille renversé par une voiture. Il considérait que ça faisait bébé, et en tant qu'aîné, ne voulait pas se prêter à ce jeu. Guillaume s'est enfermé dans sa tristesse, et quelques semaines plus tard a commencé à bégayer. le deuil ne doit jamais être quot;évacué" il faut le vivre. Les enfants qui ne savent pas s'exprimer en paroles peuvent écrire des histoires ou faire des dessins. Il existe également des livres, des cassettes, qui expliquent le deuil aux enfants de tout âge.

Le rôle des parents est de parler de la mort avant qu'elle ne frappe, au moment de prendre un animal.

Mis à part certains animaux familiers comme le perroquet qui passent le cap des septante ans, les animaux domestiques ont une espérance de vie inférieure à la nôtre, il faut y penser, en parler, le dire aux enfants et se le répéter!



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